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L’enquête qui secoua Le Monde
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Dossier préparé par Louis-Philippe Gratton
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La parution, le 26 février 2003, de La face cachée du Monde – Du contre-pouvoir aux abus de pouvoir aux éditions des Mille et une Nuits a soulevé une controverse qui a ébranlé la communauté journalistique française. Le tumulte a commencé dès la publication, le 20 février, d’extraits du livre dans L’Express. «Observé avec rigueur, dépiauté, analysé sans complaisance, soumis à la loi de l’investigateur investigué, Le Monde, soudain, apparaît comme un acteur central et ambigu de notre vie démocratique: il lui donne le ton et s’efforce de la détourner à son profit», affirmait alors en éditorial le directeur de l’hebdomadaire, Denis Jeambar. Les auteurs de l’enquête sur le respecté quotidien parisien sont Philippe Cohen, responsable du service économie de l’hebdomadaire Marianne, et Pierre Péan, ancien journaliste et auteur.
La réponse
Le jour de la sortie officielle de La face cachée du Monde, le directeur des rédactions du Monde, Edwy Plenel, annonçait qu’il avait demandé à ses avocats d’engager des poursuites «sur les diffamations les plus flagrantes» qui se retrouveraient dans l’ouvrage de MM. Cohen et Péan. «Ce roman d’espionnage est une machine à discréditer, où l’animosité fait litière du sérieux», écrivait M. Plenel qui croit que l’objectif de l’enquête est de «provoquer une crise interne au Monde». «Sous la plume des auteurs, Le Monde n’est plus un journal – une collectivité humaine avec sa diversité et ses débats, ses forces et ses faiblesses – , mais un État dans l’État, qui plus est, un État «totalitaire», où la rédaction ne compte pas, mise au pas et réduite au silence, sans indépendance intellectuelle ni autonomie professionnelle», ajoutait le directeur des rédactions du quotidien de la rue Claude-Bernard au nom de la direction qui réagissait ainsi publiquement pour la première fois.
Un éditorial, paru dans la même édition, complétait la première ligne de défense aux attaques dont était l’objet Le Monde: «La critique du Monde n’est pas seulement légitime, elle est bienvenue. Premier quotidien francophone de la planète, ce journal, qui fêtera en décembre 2004 ses 60 ans, a évidemment de l’influence et du pouvoir. Il ne saurait s’en excuser ni le regretter: l’ambition de tout journal digne de ce nom est d’être lu, commenté, entendu, apprécié. Mais il peut lui arriver d’utiliser cette influence à mauvais escient, comme il peut être tenté d’abuser de son pouvoir.»
Le 28 février, le conseil d’administration de la Société des rédacteurs du Monde réagissait à son tour à la parution de La face cachée du Monde. «Attaquée, diffamée, insultée, la rédaction du Monde est blessée. Directement mise en cause sur ses pratiques, sa déontologie, sa probité, et ses valeurs, elle entend défendre son honneur professionnel et le titre qu’elle est fière de servir», écrivirent collectivement les journalistes du quotidien du soir qui souhaitaient réaffirmer «leur engagement au service d’une information claire, précise, rigoureuse et libre». «Le Monde n’est pas le temple de la vertu. Il a ses défauts, ses faiblesses, ses dysfonctionnements. Il connaît, comme toute collectivité, des conflits, des tensions. Il n’est pas intouchable: on peut le mettre en accusation, en question mais encore faut-il le faire sur des bases sérieuses et honnêtes, relevant d’un vrai travail d’investigation», expliquaient les syndiqués qui n’excluent pas un recours en justice contre les auteurs du livre.
Une semaine plus tard, soit le 7 mars, les dirigeants du Monde choisissaient de répondre à quelques-unes des principales accusations contenues dans le livre et relayées par une grande partie de la presse française. La contre-enquête, commandée à ses propres journalistes, permit à la direction de dénoncer une série d’erreurs – épellation, orthographe, dates, etc. – et de démontrer, chiffres à l’appui, l’incongruité de certaines affirmations. MM. Cohen et Péan jugèrent cette réponse insuffisante: «Nous tenons à remercier les rédacteurs du Monde pour leur travail de correction orthographique, ainsi que pour quelques précisions utiles à la réimpression du livre. Nous tenons à présenter nos excuses à Nathaniel Herzberg, qui n’est pas le neveu d’Edwy Plenel, mais le petit-fils «de la soeur d’un cousin par alliance de la mère de l’épouse de ce dernier». Plus sérieusement, l’abondance des fautes d’orthographe sur les noms s’explique par les conditions de fabrication du livre, qui ne nous permettaient pas de faire relire les épreuves par un correcteur. Toutes les erreurs mentionnées, ainsi que d’autres, sont en train d’être corrigées. Elles n’affaiblissent en rien les principaux éléments de cette enquête. D’autre part, nous constatons que la direction du Monde n’a rien répondu, hier, sur les points suivants: les liens entre Deleplace et Plenel, l’affaire Baylet de La Dépêche du Midi, le climat interne du journal, le faux scoop de Panama, etc.»
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