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L’enquête qui secoua Le Monde (suite)
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Le médiateur
La controverse autour de la publication de La face cachée du Monde – Du contre-pouvoir aux abus de pouvoir connut l’un de ses derniers soubresauts le 9 mars 2003 alors que l’on apprit que la direction du Monde avait tronqué la chronique du médiateur, publiée la semaine précédente, de quinze lignes. «Samedi dernier, peu avant le «bouclage» de l’édition, le directeur de la rédaction, Edwy Plenel, a essayé – sans succès – de me joindre. Le hasard a voulu qu’à ce moment précis mon téléphone portable ne soit pas accessible au réseau», expliqua Robert Solé, le médiateur du quotidien français. Ironiquement, M. Solé écrivait dans la chronique amputée du 2 mars qu’il «n’a jamais eu à se plaindre d’une quelconque censure» dans l’exercice de ses fonctions.
«Je ne lis jamais la chronique du médiateur avant sa publication. C’est un principe. Samedi 1er mars, il m’a cependant été signalé, très peu de temps avant le bouclage de 10h30, qu’elle donnait une information sur notre vie interne que je n’avais pas retransmise dans les mêmes termes à toute la rédaction. Dans un moment particulier, où notre collectivité est attaquée, j’ai été, de plus, étonné que le médiateur ne m’ait pas demandé quelle était ma réponse aux lecteurs qui trouvaient que nous n’avions pas assez répondu au livre de Péan et Cohen et quelles étaient nos intentions pour les jours à venir», se justifia M. Plenel. «Je prie nos lecteurs de bien vouloir excuser cet infime, et exceptionnel, abus de pouvoir», concluait-il alors.
Dans Le style du Monde, publié en janvier 2002, le directeur de la publication, Jean-Marie Colombani, avait pourtant clairement fait connaître le rôle du médiateur et la place particulière qu’il occupe au sein de l’entreprise de presse: «Personnalité indépendante, placé hors de la rédaction, le médiateur écrit dans les colonnes du quotidien sans aucune relecture préalable. Ses interventions ne peuvent faire l’objet d’aucune réplique de la rédaction ou de la direction du quotidien.»
En conclusion de notre dossier, nous vous livrons les quinze lignes manquantes de la chronique du médiateur, publiées le jour où M. Solé révélait les dessous de la censure dont il a été l’objet: «Le journal ne peut, me semble-t-il, s’en tenir à une réponse générale, une réfutation en bloc de La face cachée du Monde. Il faut faire la lumière sur quelques accusations graves, qui risquent d’affecter durablement sa réputation et de resurgir à la moindre occasion. Car cette machine infernale est aussi une bombe à retardement. Une recension des «erreurs, mensonges, diffamations et calomnies» contenues dans le livre a commencé à la rédaction en chef. Elle devrait se traduire, tôt ou tard, par une publication. Le plus vite serait le mieux. Mais les éclaircissements que Le Monde doit à ses lecteurs ne sauraient se limiter à l’édition d’un catalogue d’erreurs.»
Mise à jour (8 juin 2004)
Une transaction est intervenue, dans le cadre d’une médiation judiciaire proposée par le tribunal de grande instance de Paris, en marge des actions en diffamation engagées notamment par Le Monde et ses dirigeants contre Philippe Cohen et Pierre Péan, les auteurs de La face cachée du Monde, et leur éditeur. Ces derniers renoncent à toute nouvelle édition et publication du livre litigieux, tandis que les exemplaires toujours en stocks seront vendus, sans publicité, accompagnés du texte de l’entente. Les défendeurs disent «regretter certaines expressions utilisées et l’interprétation qui peut en être faite, de même que certaines affirmations et commentaires excessifs, pour quelques-uns injustifiés». Ils affirment «que leur dessein n’a pas été de compromettre la pérennité d’un organe de presse auquel ils restent attachés et qu’ils estiment indispensable à l’information complète du public», mais «d’ouvrir un débat public sur un organe de presse... sur le journalisme d’investigation et ses conséquences, les méthodes journalistiques, la ligne éditoriale du journal, ses orientations politiques, sa stratégie de développement, ses relations avec ses filiales, ses partenaires et ses actionnaires, la communication sur sa situation et ses résultats, enfin l’influence politique exercée par ses dirigeants». Quant à eux, les plaignants, qui se disent «[a]ttachés à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et au débat public», admettent que «leur journal puisse être librement et vivement critiqué», en tant qu’organe de presse, «sur ses orientations, ses méthodes et le contenu de ses publications», «tout comme les sociétés de l’entreprise de presse et leurs dirigeants acceptent que la stratégie économique et financière de celle-ci, son développement, ses comptes et ses résultats puissent être discutés».
Aller plus loin
«Quotidien international d’information générale, Le Monde a pour vocation la recherche dynamique, responsable et loyale de la vérité des faits dans tous les domaines de la vie publique. Il se refuse à mettre cette mission au service d’un quelconque intérêt particulier, qu’il soit celui de personnes privées ou d’autorités publiques. Il s’efforce d’être un journal indépendant de tous les pouvoirs, qu’ils soient économiques, politiques ou idéologiques», écrivait M. Edwy Plenel dans les pages de présentation d’un ouvrage consacré à l’ensemble des principes et des règles qui guident le travail quotidien des journalistes du Monde, Le style du Monde. Outre ce texte de référence, de nombreux ouvrages ont été publiés à propos du quotidien parisien, ainsi que de ses principaux animateurs, dont plusieurs sont toujours disponibles en librairie.
N.B.: Le Monde est un quotidien du soir. Il paraît chaque jour en début d’après-midi et porte la date du jour suivant.
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