Royer-Collard: un homme de parole


Dossier préparé par Louis-Philippe Gratton


Pierre-Paul Royer-Collard, né à Sompuis dans la Marne en 1763 et mort à Châteauvieux en Loir-et-Cher en 1845, a marqué la vie politique de son époque. Après avoir renoncé à une carrière ecclésiastique, il choisit la profession d’avocat. L’homme que l’on remarqua particulièrement par ses interventions à la tribune de la Chambre des députés, dont il fut le président en 1828, fut également professeur de mathématique et de philosophie. Royer-Collard, qui ne légua à l’histoire qu’une trentaine de discours, fut admis à l’Académie française le 19 avril 1827. On le qualifia tantôt de prince de la parole, tantôt de l’Orateur, avec la majuscule; c’est pourquoi nous avons choisi de partager avec vous quelques extraits marquants de ses discours alors qu’il se portait à la défense de la liberté de presse et de la démocratie.


Il a dit...
«Sans doute, Messieurs, les journaux sont des écrits à manifester des opinions; ce caractère domine tellement en eux qu’il ne peut leur être contesté, et par conséquent la liberté des journaux est placée, comme celle de tous les écrits, sous la protection de la Charte. Mais en même temps qu’il faut proclamer franchement ce principe, on ne doit pas méconnaître que les journaux sont des écrits d’une nature tout à fait particulière, des écrits qui allant trouver le lecteur, et se renouvelant sans cesse comme la parole, participent de la nature des allocutions publiques.»

Moniteur universel, 29 janvier 1817, pp. 109-110


«[L]a liberté des journaux [n’est] que le développement naturel et désirable de la presse appliquée aux débats qui sont l’âme et la vie des gouvernements constitutionnels.»

Moniteur universel, 29 janvier 1817, pp. 109-110


«Il suit du principe de l’article, Messieurs, que si vous muriez la vie publique, si vous déclariez qu’il n’est pas permis de dire qu’un fonctionnaire public a fait ce qu’il a fait, a dit ce qu’il a dit en tant qu’homme public, vous reconnaîtriez que la puissance publique lui appartient comme la vie privée à chaque particulier; que la puissance publique est son domaine, son champ qu’il peut labourer comme il lui plaira, sans que le champ puisse murmurer, parce qu’il est la propriété de celui qui le laboure. Cette conséquence est insoutenable, elle est inouïe; aucun législateur ne l’a admise, si ce n’est la législation impériale, qui ne l’admettait elle-même que parce qu’elle considérait les fonctionnaires publics comme la propriété du Gouvernement, ne devant être soumis en cette qualité à d’autres censures que la sienne.»

Moniteur, 29 avril 1819, p. 529


«Vos pères, Messieurs, n’ont pas été condamnés à cette servitude; nos rois ne la leur ont pas imposée, et il serait incompréhensible que ce fût une Chambre de députés nationaux qui entreprît de réduire au silence politique, non seulement les écrivains, mais tous les Français.»

Moniteur, 29 avril 1819, p. 529


«Toutefois, Messieurs, acceptons et l’histoire contemporaine et la postérité présente, car nous ne pouvons échapper ni à l’une ni à l’autre, ni retenir en captivité rien de ce qui leur appartient.»

Moniteur, 29 avril 1819, p. 529