Royer-Collard: un homme de parole (suite)



«La censure des journaux est, sans nul doute, une loi d’exception. Quand cela ne serait pas vrai grammaticalement, cela serait vrai politiquement, parce que la liberté des journaux est un des besoins de notre Gouvernement, et qu’elle est inséparable de la liberté de la tribune.»

Moniteur, 26 mars 1820, p. 394


«Les lois d’exception sont des emprunts usuraires qui ruinent le pouvoir, alors même qu’ils semblent l’enrichir; dans l’intérêt du Gouvernement, il faut s’en abstenir, autant qu’il est possible, comme d’une mauvaise conduite, d’un désordre.»

Moniteur, 26 mars 1820, p. 394


«Que la liberté de la presse ait ce double caractère d’une institution politique et d’une nécessité sociale, c’est ce qui ne peut être révoqué en doute.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«La publicité est une sorte de résistance aux pouvoirs établis, parce qu’elle dénonce leurs écarts et leurs erreurs, et qu’elle est capable de faire triompher contre eux la vérité et la justice. Elle est la plus énergique des résistances, parce qu’elle ne cesse jamais; elle est la plus noble, parce que toute sa force est dans la conscience morale des hommes. Envisagée sous ce rapport, la publicité est une institution, une liberté publique; car, Messieurs, les libertés publiques ne sont pas autre chose que des résistances.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«Les résistances ne sont pas moins nécessaires à la stabilité des trônes qu’à la liberté des nations. Malheur aux Gouvernements qui réussissent à les étouffer.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«Ce n’est qu’en fondant la liberté de la presse comme droit public, que la Charte a véritablement fondé toutes les libertés, et rendu la société à elle-même.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«Il est donc rigoureusement vrai... que la liberté de la presse a le caractère et l’énergie d’une institution politique; il est vrai que cette institution est la seule qui ait restitué à la société ses droits contre les pouvoirs qui la régissent; il est vrai que le jour où elle périra, ce jour-là, nous retournerons à la servitude.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«Les abus de la presse doivent être réprimés; qui est-ce qui en doute? Mais on peut abuser aussi de la répression, et si l’abus va jusqu’à détruire la liberté, la répression n’est plus que la prévention, avec l’hypocrisie de plus.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«L’autre caractère sous lequel la liberté de la presse doit être envisagée dans toutes les discussions dont elle est l’objet, c’est qu’elle est une nécessité. Ce mot porte sa force avec lui; les privilèges de la nécessité sont connus; elle ne les tient pas des lois, et les lois ne peuvent pas les lui ravir.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«Ainsi, dans l’état des choses, la démocratie, sujette de l’aristocratie, ne se protège que par la liberté de la presse. Si elle la perd, elle tombe dans l’esclavage politique le plus absolu.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96


«Les peuples barbares font tout avec les armes; les Gouvernements corrompus des peuples civilisés s’imaginent qu’ils peuvent tout faire avec les lois; ils se trompent. Les lois qui s’adressent à une nation éclairée et attentive ont besoin de l’acceptation tacite de la raison; si elles ne l’obtiennent pas, elles n’ont pas le principe de vie; elles meurent.»

Moniteur, 24 janvier 1822, p. 95-96